Qui est Benki Piyãko ?
Amazonie deforestation reforestation

Benki Piyãko est un autochtone Ashaninka qui oeuvre en faveur des droits des peuples indigènes et de la préservation de la nature.

Les Ashaninka sont un peuple millénaire, ancêtres et précurseurs des Incas. Ils vivent dans l ’état d Acre, au Brésil et également au Pérou Dénombrés à environ 120.000 personnes, ils représentent le plus grand groupe indigène d’Amérique du Sud et l’une des rares tribus à avoir su conserver son autonomie et ses traditions. Ils ont lutté dans ce but contre tous les envahisseurs à travers l’histoire. Profondément reliés à la nature, ils ont su préserver leurs savoirs ancestraux.

Benki est né en 1974. Il est le fils du cacique de la tribu Ashaninka du Brésil et d’une mère blanche, descendante d’exploitants de caoutchouc. Il est très tôt désigné et formé par son grand-père à assumer le rôle de « pajé » (chaman) de la communauté, c’est-à-dire celui qui possède et transmet la connaissance ancestrale du peuple, ses traditions et sa médecine. Il s’engage dès son plus jeune âge avec son père et ses frères dans la résistance pacifique face à la progression du front pionnier amazonien. Les territoires Ashaninka, victimes entre autres des attaques des exploitants forestiers clandestins et des trafiquants de drogue, ont obtenu leur délimitation officielle en 1992 grâce aux actions du père de Benki.

Benki Piyãko est l’ambassadeur d’un changement de paradigme dans l’activisme culturel, environnemental et pacifiste et ses interventions ont apporté avec elles un potentiel de grande transformation du monde. Militant culturel et environnemental ainsi que leader spirituel pacifiste des profondeurs de l’Amazonie, Benki a été l’un des protagonistes de projets culturels sans précédent émanant de la forêt amazonienne et s’étendant bien au-delà de la région. Il a pour but de montrer l’implication culturelle de ses actions et de ses projets dans la promotion de la paix et la façon dont ils s’intègrent dans un continuum, chacun pouvant être reproduit ou réitéré dans d’autres parties du monde, chacun s’appuyant sur son expérience acquise lors d’autres projets. L’Amazonie est de nouveau sous la menace du développement économique incontrôlé du gouvernement brésilien actuel. Le travail de Benki est une stratégie visant à ranimer notre préoccupation face à une région qui a besoin de notre attention aujourd’hui en montrant une partie des valeurs et de la sagesse qu’un militant chamane d’Amazonie peut partager avec le monde.

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© Alessandro Melo
Qui est Benki Piyãko ?

Benki crée en 1993 l’association Apiwtxa, du nom de son village, qui lui permet d’agir afin de défendre la culture de son peuple, l’intégrité de ses territoires et de préserver la richesse de l’écosystème local. Il développe des actions de reboisement, accompagnées de la création de systèmes agro-forestiers afin de parvenir à l’autonomie aussi bienalimentaire qu’économique des Ashaninka.

Ce plan de développement durable a ensuite pu être transmis et imité par d’autres tribus indigènes, et s’étend aussi aux populations non-indigènes de la région. Il est notamment basé sur la création de la fonction d’Agent Agro-Forestier (AAF) de l’Acre, développée par Benki et dont la formation est assurée par Apiwtxa. Ce nouveau modèle de gestion territoriale et environnementale s’avère particulièrement efficace.

Sous la direction de Benki, les Ashaninka brésiliens ont réussi à inverser complètement les relations sociales coutumières défavorables, empreintes de préjugés et de violence, entre peuples autochtones et non-autochtones de la zone frontalière amazonienne. Avec l’aide d’autres Ashaninka, Benki a cherché à faire face aux conflits inter-ethniques issus de relations de pouvoir différentes en se lançant dans des projets conçus par ses soins et permettant de concrétiser les connaissances et la sagesse des Ashaninka.

Les résultats et les effets pratiques de ces projets ont été impressionnants : extension d’environnements durables et réduction de la déforestation, diminution de la violence et amélioration des conditions sociales pouvant l’induire, création d’un réseau social intégré pour la tutelle de la forêt.

Les Ashaninka ont déjà largement réussi dans leur région d’Amazonie. Au lieu de demander conseil au monde extérieur pour mener à bien leurs projets (créant ainsi une dépendance des autorités brésiliennes, des ONG, etc.), les Ashaninka sont devenus des protagonistes de leur propre destin (et peut-être du nôtre). Au début, Benki et son frère Moisés ont amené les Brésiliens Ashaninka à replanter un million d’arbres dans les zones envahies et détruites par l’élevage dans leurs territoires traditionnels. Ce projet a débuté immédiatement après leur lutte victorieuse pour délimiter leur territoire à la fin des années 1980.

Mais ce qui était plus astucieux et courageux de la part de Benki, c’était le fait qu’il avait décidé de reproduire son projet initial ailleurs. Après que les Ashaninka eurent fini de planter un million d’arbres, les frères décidèrent de se séparer afin de renforcer leurs positions. Moisés est resté le chef de leur village, Apiwtxa, et a continué à étendre leurs projets de reforestation avec une grande variété d’arbres fruitiers, médicinaux, ainsi que d’autres arbres qui avaient été arrachés par la déforestation, recréant un environnement sain pour l’avenir des Ashaninka. Benki commença en parallèle sa carrière comme activiste culturel et environnemental. Il quitta son village natal et se rendit d’abord à Rio Branco, la capitale d’Acre, où il suivit une formation officielle en agroforesterie. Puis un événement est arrivé qui a changé la vie des frères pour toujours. Ils ont été invités à participer au Sommet de l’environnement de 1992 à Rio de Janeiro. Ils ont dû se rendre en bus d’Acre à Rio, un voyage qui a pris jusqu’à cinq jours à ce moment-là. Ils étaient encore jeunes, Benki n’avait que dix-huit ans et son frère vingt-deux ans. Ils n’avaient jamais été aussi loin de leur village, ce voyage les a donc profondément marqués.

Lors de cette première incursion hors de la forêt, les frères ont constaté la destruction tout au long de la route : incendies visant à défricher des terres, extension des cultures commerciales, utilisation généralisée de pesticides. À leur arrivée dans la grande ville, ils ont respiré la pollution et constaté que l’eau ne pouvait pas être bue sans filtre. Ils ont également découvert ce que l’on appelait des « déchets » (un concept qu’ils n’avaient pas dans leur langue, car ils vivaient dans une culture où tout était biodégradable). Ils ont constaté que ces « déchets » avaient tué de nombreuses rivières de la ville, qui étaient maintenant complètement mortes, sans poisson ni plantes. Ils ont également appris que toutes les autres ressources naturelles qu’ils connaissaient avaient disparu avec la coupe des arbres. Ils avaient entendu parler des merveilles de la ville, mais ils étaient maintenant surpris de voir que de nombreuses personnes vivaient dans les rues dans une pauvreté extrême, sans que personne ne se soucie d’eux.

Benki a vu que ceux qui avaient perdu leurs terres et leur culture se retrouveraient probablement dans la pauvreté, dans la rue, comme les sans-abris qu’il avait vus dans les grandes villes. Mais cela valait autant pour les peuples autochtones que non autochtones. Cela comprenait tout le monde, tous les êtres humains. Les pays dits « développés » semblaient avoir créé un monde qui conduisait à la pauvreté. Benki n’avait jamais vu cela dans sa culture traditionnelle et dans son propre mode de vie.

Il a donc décidé de faire quelque chose pour remédier directement à cette situation. Il a immédiatement commencé à amasser des dons de plusieurs sources différentes (des contacts qu’il avait noués lors du Sommet de la Terre) et a acheté des terres dégradées pour les Ashaninka à Marechal Thaumaturgo, la ville la plus proche de ses terres traditionnelles dans l’Acre. Ainsi construisit-il le centre Yorenka Ãtame (« la sagesse de la forêt »), qui coordonnerait dès lors la replantation de la forêt bien au-delà des terres traditionnelles. Pour Benki, il était fondamental de montrer aux peuples non autochtones que c’était une possibilité pour quiconque souhaitait préserver l’environnement et entretenir ses propres relations avec celui-ci. Il avait vu que son peuple devait faire face à la destruction qui avait balayé leurs terres avant sa démarcation.

Il a trouvé aujourd’hui un moyen d’étendre son projet pour contrer ce qui se passe dans le monde.

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© Alessandro Melo

Un grand frère ou un père

En zone urbaine, cependant, Benki avait besoin d’une force de travail pour l’aider dans cette tâche ardue consistant à replanter la forêt amazonienne. Il a donc commencé à engager les jeunes abandonnés qui vivaient dans les rues et qui ont commencé à faire leur apparition en ville dès que le soi-disant « développement » était arrivé dans la région. Ce contingent était presque exclusivement composé de garçons dont certains avaient été abandonnés par leurs familles. Le maire de la région considérait alors que ces jeunes-là étaient « perdus par la drogue et la petite délinquance ». Benki leur donna un abri, de la nourriture, de l’argent pour des vêtements, des outils de travail et un objectif dans la vie : replanter un million d’arbres supplémentaires avec les mêmes techniques d’agroforesterie mises en œuvre par lui et les Ashaninka et perfectionnées pendant son apprentissage à Rio Branco.

Les effets se sont immédiatement fait sentir à Maréchal Thaumaturgo, avec une réduction notable des vols et de la violence. Le maire a invité Benki à devenir secrétaire local à l’environnement. Benki a saisi l’occasion et a constaté l’ampleur de sa responsabilité vis-à-vis des jeunes qu’il avait accueillis. Les sortir de la rue, de la drogue et de la criminalité ne pourrait pas être simplement qu’une solution temporaire. Les sortir de cette condition sociale, leur donner du travail, une tâche à accomplir, mais, une fois le travail de reboisement terminé, les laisser partir, rendrait leur avenir incertain. Benki s’est donc pleinement engagé, il a donné à ces jeunes «une famille» et est devenu leur grand frère ou leur père. Il a commencé à mettre en place des communautés où ils vivaient ensemble, sous sa direction. La première s’appelait « Sítio Beija Flor » (la maison du colibri). Certains jeunes ont fini par retourner à l’école, d’autres ont continué à vivre sur la propriété acquise en ville, tout en participant aux cours d’agroforesterie de l’association Ashaninka. Puis d’autres jeunes de la région sont venus les rejoindre et travailler au centre.

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Créé en 2007, le centre Yorenka Ãtamê, situé dans la municipalité de Maréchal Thaumaturgo, est un centre de formation et d’échanges de savoirs. Il dispense des formations sur les méthodes traditionnelles de gestion des ressources naturelles, éduque et responsabilise les populations autochtones de la région. Il fonctionne selon un système mixte de gestion des terres basé sur le retour aux pratiques ancestrales indigènes, qui savaient préserver et mettre en valeur les écosystèmes, allié à des techniques modernes. Une logique éco-systémique permet de respecter les étapes nécessaires, de l’identification et collecte des semences jusqu’à leur mise en terre, selon des critères passant par l’étude de plus de 160 espèces différentes. Chaque espèce est appréhendée et enseignée en fonction de ses aspects nutritionnels, médicinaux, culturels, spirituels et s’inscrit dans un programme de protection de la terre et de l’eau. Le résultat aboutit à une économie régionale développée de façon durable et respectueuse de la nature, pour le bien de tous.

Les professeurs Ashaninka qui forment les agents agroforestiers enseignent des stratégies qui sont culturellement et écologiquement adaptées à chaque communauté. Ainsi naît un réseau communautaire apte à influencer les politiques publiques en matière de gestion des terres indigènes.

Depuis sa création, Yorenka Ãtamê a formé près de quarante communautés aux systèmes d’agroforesterie, qui bénéficient à plus de 4 000 personnes. Environ 500 jeunes ont participé à ce grand chantier de reboisement toujours en cours, et l’objectif s’étend à la participation des communautés non-indigènes.

Cet autre projet, “Sonho do Beija-Flor no Raio do Sol” (Rêve du colibri dans un rayon de soleil), forme les communautés non indigènes depuis fin 2011. Le Centre met l’accent sur la formation et l’autonomisation de jeunes leaders communautaires afin de les rendre autarciques en matière de gestion des ressources naturelles et de développement durable associés aux traditions indigènes ancestrales de préservation de la nature.

Le centre, bâti sur un système de traitement des eaux usées et des déchets, s’étend sur environ 100 hectares et se prépare à la pratique de la médecine traditionnelle, de rituels et d’activités culturelles. Il comprend une production de manioc et autres légumes locaux, un élevage de volailles, une apiculture, une pisciculture produisant tortues et poissons. Les besoins actuels en développement concernent l’accès à l’eau courante, à l’électricité, l’équipement en mobilier, télécommunications et matériel agricole.

Le projet est de replanter des espèces d’arbres fruitiers, médicinaux et émergents (ceux qui finissent par s’élever au-dessus de la canopée forestière) car ils favorisent la pluie et rétablissent l’équilibre de l’écosystème, permettant ainsi le retour d’animaux et d’autres espèces végétales (ce qui fournit de la nourriture tout en favorisant la propagation des forêts).

Benki a ensuite fait de ses jeunes partenaires, désormais au nombre de quelques douzaines, membres de l’association, et a fait don de ce terrain à l’association, rebaptisée plus tard «Gardiens de la forêt». Les jeunes sont devenus de petits exploitants d’agroforesterie biologique et en propriétaires terriens.

Réconciliation des hommes et revitalisation de l’environnement

Une partie des fonds destinés à la création du centre « Sagesse de la forêt » (Yorenka Ãtame) a été attribuée par Danielle Mitterand, que Benki a rencontrée lors de l’un de ses premiers voyages internationaux après le sommet de Rio. Benki a commencé à parcourir le monde pour parler de son travail déjà à cette époque. Les travaux de Benki alors, à la tête du centre Yorenka Ãtame, ont joué un rôle fondamental dans la promotion de la revitalisation culturelle et de la sensibilisation à l’environnement de l’ensemble de la région, non seulement vis-à-vis des peuples autochtones, mais également d’autres populations non autochtones vivant de la terre et hors de la forêt. Au centre Yorenka, des cours d’agroforesterie ont été offerts gratuitement à toute personne intéressée. Des personnes autochtones et non autochtones étaient présentes. De nombreux petits agriculteurs ont rejoint les cours et se sont liés d’amitié avec les Ashaninka, qui se sont fait connaître en tant qu’experts locaux. Ce partage et cette participation entre des groupes sociaux autrefois séparés ont dissipé une grande partie des préjugés (sans parler de racisme) de la part des peuples non autochtones à l’égard des peuples autochtones de la région. Cela transformait des personnes autrefois en désaccord en alliés qui partageaient désormais le même point de vue pour une utilisation plus consciente et durable de leur environnement.

Le succès du centre Yorenka Ãtame sous la direction de Benki et la dissipation des tensions interethniques à Maréchal Thaumaturgo ont fait que Jorge Viana, alors gouverneur de l’État d’Acre, offrit une nouvelle occasion à Benki. Il fut invité à rendre visite à tous les groupes autochtones d’Acre (dont certains étaient en situation de conflit à l’époque) afin de faire de l’exemple Ashaninka un précédent. Il a été demandé à Benki d’intégrer l’Alliance des peuples des forêts, un forum politique créé à l’époque de Chico Mendes, grand militant contre les producteurs de caoutchouc, afin de promouvoir l’intégration de toutes les personnes concernées par la conservation des forêts. L’Association Apiwtxa a ensuite participé de façon significative à deux projets menés par Benki et d’autres Ashaninka : aider à créer le RESEX Alto Juruá, la première réserve extractiviste créée en Amazonie (pour observer les peuples autochtones et non autochtones qui vivaient en saignant le caoutchouc ou de petits agriculteurs de la région), et aider à faire revivre toutes les cultures indigènes d’Acre en leur donnant de puissants outils culturels pour faire face à leurs propres situations de conflit.

Après que ces projets se soient concrétisés, Benki a eu un tournant dans sa vie. La population locale de Maréchal Thaumaturgo lui demandait constamment de prétendre à la Mairie et les principaux intérêts du développement dans la région commençaient à le percevoir comme une menace. Maréchal Thaumaturgo est une ville frontalière et la présence du narcotrafic et de l’abattage illégal d’arbres est une constante dans la région. À ce moment-là, Benki échappa à une première tentative d’assassinat avec des coupures et des contusions graves au visage et au corps. Il a néanmoins refusé de réagir avec violence, affirmant que seule une réponse pacifique à ces formes d’agression pure et simple représenterait un changement qui pourrait en fin de compte mettre fin à un conflit ethnique à part entière. En effet, certaines menaces ultérieures que Benki a subies ont été traitées uniquement par le biais d’un discours pacifique dans lequel il a tenté de montrer qu’il n’était pas un ennemi de ceux qui avaient été recrutés pour l’intimider. Les menaces n’ont toutefois jamais complètement cessé. Une autre stratégie d’intimidation consistait en une procédure judiciaire engagée contre Benki, qui a finalement été écartée faute de contenir la moindre cohérence juridique.

Benki a refusé de postuler à la Mairie quand on le lui a demandé. Il a expliqué à la population locale que son rôle était différent : être le messager d’un nouveau mode de vie dans le monde et poursuivre le travail qu’il avait déjà commencé. Benki était également désireux de développer son apprentissage de chamane. Alors il décida de retourner dans son village. Néanmoins, avant de le faire, Benki a recommandé qu’un de ses frères aînés se présente à la Mairie. Isaac Piyãko a été élu maire de Maréchal Thaumaturgo en 2016.

Premier supermarché écologique de la planète

Quelques années après le reboisement à Maréchal Thaumaturgo, les arbres ont commencé à donner une volumineuse récolte de fruits tropicaux. Ainsi, Benki et Marcelo Valadão de l’ONG House of Indians ont créé un marché en ville, baptisé « Troc Troc », afin d’échanger tout déchet recyclable en fruits. Benki a donc invité la population locale à apporter ses déchets non biodégradables au supermarché, à consommer des fruits issus de culture biologique, ce qui prévient la pollution des rivières locales tout en évitant que des personnes aient faim en ville, et qui aide les populations locales les plus défavorisées à ne pas franchir le seuil de pauvreté. Benki a également négocié avec des usines de recyclage à Cruzeiro do Sul, une ville plus éloignée mais située dans la même région, à Acre, afin de recycler les déchets collectés sur cet éco-marché.

Médiateur et conciliateur

Les interventions de Benki dans la revitalisation culturelle vont au-delà de la réduction des conflits ethniques à Acre et en Amazonie occidentale. En 2014, lorsque quatre Ashaninka du côté péruvien de la frontière ont été tués par des prospecteurs de bois illégaux, Benki a joué un rôle important dans la prévention de nouveaux conflits ethniques dans la région. L’année précédente, Benki avait entamé l’une de ses premières interventions visant à « guérir » collectivement tout un village en rétablissant une situation sociale conflictuelle qui déstabilisait la communauté autochtone Puyanawa. Il a résidé plusieurs mois parmi les Puyanawa et a effectué un travail de médiation du groupe, les ramenant à leurs langue et traditions indigènes, à leurs racines, leurs rituels et leur histoire culturelle.

Il convient de noter que Benki est une personne extrêmement spirituelle et qu’il est actuellement reconnu comme un véritable chef spirituel. Cependant, lorsque la religion verse en fanatisme et exige l’abandon de la culture, il perçoit l’évangélisation comme une maladie susceptible de perturber ou de détruire la culture locale et de conduire finalement au déséquilibre social de la communauté. Conformément à la théorie indigène de son peuple sur la santé, qui considère les mauvaises relations comme la cause de la maladie, les interventions de Benki dans ces communautés tentent de rétablir le contact des personnes avec leur culture afin de rétablir leur santé.

Benki a présenté ses « remèdes collectifs » à de nombreux autres groupes ethniques au Brésil qui connaissent des conflits internes ou interethniques. Il a été invité par de tels groupes, qui lui ont toujours demandé d’être présent pour résoudre des conflits locaux ainsi que des problèmes sociaux et des maux physiques. Jusqu’à présent, Benki a accompli ces « remèdes collectifs » parmi les Kuntanawa, les Shanenawa, les Puyanawa, ainsi que parmi les Apurinã de l’État d’Amazonas, au Brésil, couvrant un rayon à plus de 1 000 kilomètres de sa région. Son but est maintenant de mener ces interventions culturelles dans le Kaiowá du Mato Grosso do Sul, dans le centre-sud du Brésil, une zone de grand conflit interethnique, ainsi que dans les zones où le suicide chez les autochtones a atteint des proportions épidémiques.